COMPTE-RENDU DE LA 5éme CONFERENCE EUROPEENNE
DE RHUMATOLOGIE PEDIATRIQUE
Dr Agnès DUQUESNE
Hôpital DEBROUSSE LYON
Ce congrès sest tenu du 15 au 19 octobre 1997 à Garmisch-Partenkirchen en Allemagne. Il a réuni près de 300 participants de 22 pays différents, débordant largement le cadre de lEurope.
Ce congrès a permis de faire le point sur les recherches et les connaissances actuelles dans le domaine aussi bien immunologique que clinique et thérapeutique des rhumatismes inflammatoires de lenfant, notamment les arthrites chroniques juvéniles (ACJ).
N.D.L.R. Cet article, très technique, et donc difficile à comprendre en première lecture, montre lintérêt que certains médecins portent à la recherche en matière de maladies rhumatismales de lenfant. Nous ne pouvons pas ici traduire point par point tous les termes scientifiques employés par lauteur. Admettons-les et surtout reconnaissons quun tel témoignage ne peut que confirmer que lespoir que nous mettons en la recherche a des chances de ne pas être vain. Continuons dans cette voie, encourageons les médecins à poursuivre leurs travaux.
LA RECHERCHE FONDAMENTALE
Elle concerne notamment le rôle du système HLA dans lACJ.
En effet on a identifié la présence dantigènes HLA de classe II différents selon les types dACJ. Ceci peut aider à comprendre les différences et les similitudes de la pathogénie des différents types dACJ, mais également les rapports avec la polyarthrite rhumatoïde de ladulte et les spondylarthropathies. Si lon parvient à préciser mieux encore les profils génétiques des sous-types dACJ, on pourra ultérieurement affiner la classification et mieux cerner le profil évolutif de chaque enfant dès le début de laffection, avec surtout des implications thérapeutiques plus spécifiques.
Lautre versant de la recherche fondamentale concerne les mécanismes de linflammation dans les rhumatismes inflammatoires.
La maladie auto-immune et les mécanismes de linflammation font intervenir des cytokines, molécules pro ou anti-inflammatoires produites par deux populations de lymphocytes T, TH1 pro-inflammatoires avec notamment linterféron a (INFa ) et TH2 anti inflammatoires avec linterleukine 4 (IL4). Il existe dans les conditions normales une régulation de ces deux systèmes.
Sil existe une réaction pro-inflammatoire exagérée (TH1) par le biais de linterféron a et de linterleukine 1 ou une perturbation des mécanismes anti-inflammatoires (par une diminution de IL4 notamment), ceci peut contribuer à lapparition dune maladie auto-immune inflammatoire telle que lACJ ou la polyarthrite rhumatoïde.
De ce fait linhibition des cytokines pro-inflammatoires INFa et linduction de cytokines anti-inflammatoires IL4 constituent des avancées prometteuses en matière de traitement antigénique spécifique. Des essais thérapeutiques sont déjà en cours chez ladulte.
INFECTION ET MALADIES AUTO-IMMUNES
Certains virus et autres agents infectieux pourraient jouer un rôle dans le déclenchement de maladies auto-immunes par le biais dune ressemblance moléculaire des protéines de ces agents avec des auto-antigènes. Ceci pourrait conduire à une réaction auto-immune pathologique chronique ou intermittente par des infections virales récidivantes.
En conséquence, la maladie pourrait continuer alors même que lagent déclenchant a été éliminé.
Parmi les virus impliqués dans lauto-immunité, on retrouve le virus dEpstein Barr, agent de la mononucléose infectieuse, le virus de lHépatite C, du Sida (HIV), de la rougeole, les virus Coxsackie, Herpes, le Cytomégalovirus (CMV). Les études expérimentales essaient de préciser si les virus sont capables de pénétrer et de se reproduire dans le tissu articulaire. On a trouvé des variations importantes selon les virus, il est donc encore difficile dutiliser les données expérimentales à des fins thérapeutiques.
VACCINATION ET RHUMATISMES
La question fondamentale concerne le rôle possible de la vaccination dans le déclenchement dun rhumatisme inflammatoire, ou la survenue dune poussée de la maladie à la suite dune vaccination.
Même si certaines observations cliniques font état de manifestations articulaires à la suite de BCG chez ladulte, de vaccin anti-rubéole chez les sujets de sexe féminin, ou encore à la suite dun vaccin antigrippal ou anti-hépatite B, il nest pas possible actuellement de répondre à cette question.
La fréquence de ces effets articulaires restant très faible, il ny a pas de raison à lheure actuelle de ne pas vacciner les enfants atteints de rhumatisme chronique.
CLASSIFICATION DES ARTHRITES DE LENFANT
Depuis la description par STILL il y a 100 ans, de trois types darthrite chez lenfant, la classification des ACJ a été affinée par lAmerican College on Rheumatology (ACR) et par lEuropean League Against Rheumatism (EULAR).
En avril 1997, un groupe du Comité Pédiatrique de lInternational League of Associations of Rheumatologists (ILAR) sest réuni à Durban en Afrique du Sud, et a proposé une classification comportant des groupes denfants avec des affections très proches sinon identiques, sans chevauchement avec les autres catégories.
Le but de cette nouvelle classification est dévaluer des groupes de patients pour des études scientifiques. Elle nécessite dêtre validée soigneusement pour être applicable car il est indispensable que les groupes détudes internationales qui se mettent en place puissent travailler sur des données de catégories homogènes de patients.
CHIRURGIE ET RHUMATISMES
Correction des limitations articulaires sévères par la méthode dIlizarov
La dermatomyosite, la sclérodermie et certaines arthrites rhumatoïdes sévères peuvent entraîner des limitations articulaires majeures. Malgré une physiothérapie intensive et un traitement médicamenteux, certains enfants peuvent perdre la capacité de marcher et être dépendants dun fauteuil roulant.
La technique dIlizarov consiste à mettre en place un fixateur externe circulaire et à corriger progressivement le flexum de 1 à 3° par jour en complétant par une ténotomie ou une ostéotomie si nécessaire.
Chez 10 enfants traités par cette technique dans le Childrens Orthopaedic Hospital de Garmisch-Partenkirchen, la limitation du genou est passé de 75° en moyenne avant traitement à 0° ou moins de 10° dans tous les cas. Certaines complications telles quune infection ou une fracture du fémur sont signalées, sans conséquence sur le résultat final.
Ce traitement est cependant long, et requiert une parfaite coopération de lenfant. Il ne peut être effectué que par des équipes expérimentées.
TRAITEMENTS MEDICAMENTEUX DES ACJ
Y a-t-il une renaissance pour la corticothérapie ?
La place de la corticothérapie est bien admise dans le traitement des ACJ systémiques notamment en cas datteinte cardiaque sévère, elle est plus discutée dans le cadre des atteintes articulaires.
De même, son utilisation en traitement local dans les atteintes oculaires, et en injection intra-articulaire au cours des ACJ pauci-articulaires nest pas remise en cause.
Plusieurs questions méritent cependant des recherches dans le traitement des ACJ par les gluco-corticoïdes :
- lintérêt des faibles doses au long cours et la définition dune faible dose (0,1 mg/kg/j ou une dose ne freinant pas la croissance staturale ?)
- la durée du traitement
- les avantages respectifs des différentes substances existantes
- le rôle éventuel de lhypocorticisme dans le développement de la maladie
10 ans dexpérience avec le Méthotrexate : passé, présent et futur
Ces dix dernières années peuvent être considérées comme "lère du Méthotrexate" en rhumatologie aussi bien adulte que pédiatrique.
Labsorption du Méthotrexate (MTX) est meilleure par voie injectable que par voie orale à partir dune dose de 10mg/m²/semaine car il existe une saturation de labsorption orale. La cinétique du produit est la même par voie sous-cutanée ou intramusculaire. Il existe dans certains cas une interaction avec les anti-inflammatoires tels que le Naproxène le jour et le lendemain de la prise de Méthotrexate. Différentes études suggèrent une moindre efficacité du MTX dans les formes systémiques dACJ.
Lefficacité du traitement se traduit par une amélioration des capacités fonctionnelles et de la courbe de croissance. La rechute à larrêt du traitement survient dans les 12 mois chez 80% des sujets présentant une forme pauci-articulaire extensive.
La toxicité est très faible chez lenfant, tant hépatique (avec seulement 2 cas de fibrose hépatique modérée sur 46 enfants biopsiés après 6 ans de traitement), que pulmonaire, contrairement à ladulte.
Plusieurs domaines de recherche subsistent vis à vis de ce traitement : Que faire chez les 30 à 40% denfants qui ne répondent pas bien aux doses orales standard ? Quels sont les risques et les bénéfices de plus fortes doses de MTX ? Le MTX changera-t-il le devenir à long terme (10 20 ans) des patients atteints dACJ ? Existe-t-il des traitements efficaces combinés tels que MTX et Ciclosporine, MTX et Salazopyrine, MTX + corticoïdes intraveineux + Cyclophosphamide intraveineux dans les formes systémiques rebelles ?
Toutes ces questions nécessitent un large consensus international de recherche clinique en rhumatologie pédiatrique.
Traitement par Immunoglobulines et autres agents biologiques
En ce qui concerne les traitements par immunoglobulines, leur efficacité dans le traitement des formes systémiques est diversement appréciée selon les études rapportées, en particulier à long terme.
Les traitements par des agents biologiques tels que les anticorps monoclonaux ou les inhibiteurs des cytokines proinflammatoires IL1 et TNFa sont en cours dexpérimentation chez ladulte mais posent chez lenfant le problème des effets à long terme sur le système immunitaire.
ETUDE PRINTO (Pediatric Rheumatology International Trials Organization)
Il sagit de mettre en place des essais thérapeutiques multicentriques au niveau européen.
Le but du groupe PRINTO est de promouvoir, faciliter et conduire une recherche de haute qualité dans le champ de la rhumatologie pédiatrique, en collaboration avec les autres groupes de recherche en particulier le PRCSG (Pediatric Rheumatology Collaborative Study Group) aux Etats-Unis.
Le premier projet qui sera coordonné par le Dr Martini de Pavie en Italie, concerne une étude clinique randomisée en double aveugle pour évaluer sur 6 mois lefficacité du Méthotrexate à la dose de 15 mg/m² par rapport à une forte dose de 30mg/m² dans les ACJ polyarticulaires résistant à une dose orale standard de 8 à 12,5 mg/m² depuis au moins 4 mois.
ADOLESCENCE ET ACJ
Quatre éléments fondamentaux doivent être pris en compte pour la prise en charge thérapeutique des adolescents atteints de rhumatisme chronique :
* les modifications au cours de ladolescence
- croissance rapide nécessitant une adaptation des doses
- utilisation de médicaments réservés à ladulte : à partir de quand ?
- Maturité sexuelle : activité sexuelle, grossesse, contraception
- comportement propre à ladolescent, tels que non-compliance, surdosage, goût du risque
- transition vers létat adulte et maturité : tension créée par le désir dindépendance confronté à la nécessité de suivre les consignes des parents et des médecins
- importance de limage de soi, (corps, croissance, déformations, incapacité physique, différence avec les autres)
- attitude vis à vis du futur : espoirs et doutes
- orientation professionnelle
- assiduité et résultats scolaires
- marqueurs de maturation adulte : conduite automobile, activités de groupe
* diversité des maladies rhumatismales affectant ladolescent
- selon que la maladie a débuté dans lenfance ou pendant ladolescence,
lacceptation du handicap est plus ou moins difficile et les problèmes thérapeutiques seront différents selon le type de rhumatisme.
* médicaments et toxicité médicamenteuse
- prendre en compte des risques pour la fertilité, des grossesses, des effets secondaires potentiels tels que lostéoporose, le syndrome de Cushing (faciès lunaire, augmentation de la pilosité, prise de poids) et ses effets sur limage corporelle
- proposer des schémas thérapeutiques assurant la meilleure compliance possible.
* traitement global de ladolescent
- sintéresser aux goûts et dégoûts de ladolescent, à ses aspirations pour le futur
- bien linformer sur sa maladie, ses implications, son traitement
- lencourager à prendre en charge lui-même son traitement, en utilisant des médicaments dont la forme assure une bonne compliance
- éviter les effets secondaires, favoriser la croissance
- rester pratique, tenir compte des réalités de la situation particulière quest ladolescence pour guider vers la vie adulte future.
CONCLUSION
Ce compte rendu très partiel des nombreuses communications orales et des posters présentés lors de ce congrès, permet de mesurer limportance dune telle réunion internationale pour une meilleure approche scientifique des maladies rhumatismales chroniques de lenfant.
La motivation des participants est évidemment de mieux connaître ces affections pour une prise en charge optimale des jeunes patients dans leur pratique quotidienne, et de contribuer à la recherche aussi bien fondamentale que thérapeutique au sein détudes multicentriques.
Ténotonie : Section chirurgicale d'un ligamentDiminution du cortisol produit par l'organisme