Association de Recherche sur la Polyarthrite

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COMPTE-RENDU DE LA 13ème JOURNEE DE L’ARP

 

(rédigé par Catherine Fournier)

 

La treizième Journée de l’ARP s’est tenue le 18 octobre 2002 dans les locaux de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm dans un climat de grande convivialité. Comme chaque année, cette manifestation qui rassemble les membres des Conseils Scientifique et d’Administration de l’ARP avec les rhumatologues et les chercheurs travaillant dans le domaine des rhumatismes inflammatoires, a été consacrée à l’exposé et à la discussion des travaux subventionnés par l’Association au cours de l’année écoulée.

La réunion scientifique a été ouverte par le Pr Maxime Dougados, membre du Conseil d’Administration, qui a annoncé la constitution multicentrique d’une cohorte nationale de malades ayant une polyarthrite rhumatoïde (PR) récente (700-800 patients sont prévus) sous l’égide de la Société Française de Rhumatologie, de l’INSERM, de l’ARP et du Laboratoire MSD. L’établissement d’une base de données et la collecte de prélèvements seront mis à la disposition de la communauté scientifique.

Les différentes sessions regroupant plus d’une vingtaine de présentations se sont ensuite déroulées autour des grands axes de recherche suivants.

L’inflammation

Une importante partie des travaux réalisés dans le cadre de l’ARP contribue à analyser les mécanismes fondamentaux à la base de la réaction inflammatoire fournissant de nouvelles pistes stratégiques à visée thérapeutique.

Les modèles expérimentaux mis en oeuvre utilisent des outils cellulaires de plusieurs origines (chondrocytes, ostéoblastes, cellules endothéliales, polynucléaires neutrophiles) soumis à une stimulation par des cytokines à activité pro-inflammatoire notoire tels que l’IL-1b ou le TNF-a. Les voies de signalisation intracellulaire impliquées dans les fonctions de ces cellules sont ensuite analysées. Cette démarche a conduit à mettre en évidence des enzymes et des facteurs de transcription nucléaires qui interviennent d’une part dans le métabolisme des acides gras et d’autre part dans les phénomènes précoces d’adhérence des neutrophiles sur l’endothelium vasculaire avant leur migration dans les tissus. L’inhibition sélective de ces molécules pourrait avoir un effet protecteur de la destruction articulaire. Une autre étude portant sur les processus de diapédèse leucocytaire a démontré que le franchissement de l’endothélium était dû au clivage d’un récepteur adhésif, la VE-cadhérine, ouvrant la possibilité de bloquer cette protéolyse pour freiner l’afflux cellulaire dans l’articulation enflammée.

Cette modélisation in vitro de la réaction inflammatoire a également été mise à profit pour démontrer les effets délétères additifs ou synergiques de l’association de cytokines pro-inflammatoires (IL-1b, TNF-a et IL-17) sur les ostéoblastes et leur régulation par des inhibiteurs physiologiques (récepteurs solubles de ces cytokines).

Les nouvelles approches thérapeutiques

L’utilisation de modèles animaux de la polyarthrite rhumatoïde, comme l’arthrite au collagène ou la souris MRL/lpr, permet non seulement d’évaluer les effets pharmacologiques de nouvelles molécules mais également d’élaborer des stratégies d’administration efficaces des produits. Plusieurs travaux ont été consacrés à décrire les mécanismes d’action de molécules d’intérêt thérapeutique potentiel. Ainsi, sont explorées les perspectives d’utilisation de peptides anti-CD23, un récepteur pour les IgE impliqué dans la production de médiateurs pro-inflammatoires par les macrophages, de molécules hypolipidémiantes comme la rosiglitazone qui pourrait représenter une nouvelle thérapie anti-dégradative pour le cartilage et de l’ostéoprotégérine, un inhibiteur physiologique de la résorption osseuse.

Par ailleurs, une nouvelle stratégie de thérapie génique basée sur l’introduction intra-musculaire par électrotransfert de l’ADN codant une protéine d’intérêt a été mise au point. Cette méthode simple s’est révélée efficace pour obtenir une production de récepteur de type I du TNF-a suffisante pour exercer un effet thérapeutique dans l’arthrite au collagène chez la souris.

Enfin, un modèle innovant analysant les perturbations comportementales et cognitives chez les rats mono-arthritiques est proposé pour évaluer l’efficacité de différents traitements antalgiques et anti-inflammatoires utilisés dans la PR.

Le système immunitaire

Même si le rôle du système immunitaire dans le déclenchement de la PR est toujours l’objet de controverses, son implication au cours de la maladie n’est pas remise en cause et suscite des recherches visant à caractériser les acteurs moléculaires ou cellulaires qui interviennent au niveau synovial dans le processus pathologique de la maladie.

Dans le but d’identifier des molécules cibles d’intérêt thérapeutique ou diagnostique dans la PR, une équipe utilise la puissante technologie des puces à ADN qui permet de mesurer l’expression simultanée des ARN de plusieurs milliers de gènes sur une même lame. L’analyse du transcriptome du tissu synovial de patients atteints de PR par comparaison avec celui des patients arthrosiques, a permis d’établir une « signature moléculaire » différentielle des deux maladies définie par la sur- ou la sous- expression d’une cinquantaine de gènes. Ce type d’approche post-génomique ouvre le champ à de vastes recherches sur les protéines qui sont dérégulées dans les articulations affectées au cours de la PR.

 D’autres équipes s’intéressent également à la caractérisation de protéines présentes dans le tissu synovial des patients. Le rôle de certains variants de la molécule d’adhésion CD44, récepteur de l’acide hyaluronique, portée par les synoviocytes est suspecté dans la prolifération de ces cellules et leur invasion dans la cavité articulaire. De même, dans le contexte de l’étude des anticorps anti-filaggrine qui sont spécifiques de la PR, il a été montré que l’antigène cible était la fibrine déiminée et que l’enzyme impliquée dans la déimination de la fibrine dans le tissu synovial rhumatoïde était la peptidylarginine déiminase de type V. La définition de nouveaux auto-antigènes dans la PR est également abordée chez les patients homozygotes pour HLA-DRB1*0401. Cet haplotype, fortement associé au développement de la PR, pourrait présenter très efficacement un épitope arthritogène et entraîner une réponse humorale contre cet épitope. Dans cette hypothèse, l’identification des protéines reconnues par les IgG sériques des patients devrait déboucher sur la découverte de nouveaux antigènes.

 Parmi les cellules du système immunitaire impliquées dans le processus physiopathologique, les cellules présentatrices d’antigène (CPA) pourraient jouer un rôle crucial. Ainsi, dans le modèle du rat transgénique pour le HLA-B27 qui développe spontanément une maladie proche de la spondylarthrite ankylosante, il a été clairement mis en évidence un déficit fonctionnel de ces cellules qui est dû à une diminution des interactions non spécifiques d’antigène entre les CPA exprimant HLA-B27 et les lymphocytes T. Par ailleurs, afin d’étudier le rôle des macrophages dans la progression de la PR, un modèle de souris transgéniques rendues déficientes en macrophages est en cours d’établissement en faisant exprimer conditionnellement dans les cellules myélo-monocytaires un dominant négatif de MafB, un facteur de transcription impliqué dans la différenciation macrophagique.

 Deux travaux sont centrés autour de l’étude d’un récepteur de chimiokine, CCR5, porté par les lymphocytes T CD4. Dans l’un, l’utilisation d’une nouvelle technique, le BRET, suggère que la dimérisation de ce récepteur qui intervient à une étape précoce de sa biosynthèse est nécessaire pour son transport à la membrane. Ces observations qui ouvrent la possibilité de bloquer l’oligomérisation de CCR5 pour inhiber ses fonctions, sont complémentaires de ceux de la deuxième étude. En effet, les chercheurs ont démontré in vitro que la densité membranaire de la molécule CCR5 sur les lymphocytes T conditionne leur attraction par les synoviocytes de PR, indiquant ainsi que ce phénomène pourrait déterminer l’intensité de migration des lymphocytes T vers le tissu synovial rhumatoïde. De plus, une forte expression de CCR5 serait un facteur de mauvais pronostic dans la PR.

 La chimiokine SDF-1, dont le récepteur est CXCR4, induit la migration et la prolifération des lymphocytes B1a péritonéaux, cellules qui sont responsables de la production d’auto-anticorps. Dans le modèle de lupus murin NZB/W, les lymphocytes B1a sont anormalement sensibles à SDF1 et l’IL-10 accroît cette sensibilité. L’administration d’antagonistes de SDF1 ou d’IL-10 améliore la néphrite lupique et abaisse les taux d’anticorps anti-ADN natif.

La génétique

La journée s’est achevée sur deux communications rapportant des travaux de dissection génétique selon la stratégie de clonage positionnel avec des lignées de rats ou de souris congéniques ou recombinantes pour certains loci. Dans une étude, trois loci de prédisposition au lupus systémique situés sur les chromosomes 7, 13 et 17 ont été identifiés chez la souris NZB et leur contribution à la production des auto-anticorps anti-ADN a été confirmée à l’aide de lignées de souris congéniques. L’autre étude, menée chez les rats de souches BN et LEW concerne trois régions de susceptibilité à l’induction des désordres immunopathologiques consécutifs à l’administration de sels d’or, traitement utilisé dans la PR.

 En conclusion,

si les grands thèmes de recherche sur la polyarthrite rhumatoïde restent les mêmes, génétique, acteurs du système immunitaire ou médiateurs de l’inflammation, la part respective des travaux dans chaque thème change et surtout les voies d’approche évoluent en mettant à profit des méthodologies puissantes et des nouveaux outils d’investigation (puces à ADN, transgénèse conditionnelle, thérapie génique par électrotransfert…). Partie il y a quelques années d’une analyse phénotypique décrivant les molécules membranaires des acteurs cellulaires impliqués dans la physiopathologie de la PR, la compréhension des mécanismes de l’inflammation articulaire progresse vers l’étude des processus intra-cellulaire de régulation transcriptionnelle. Incontestablement, les chercheurs se motivent autour de l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles plus sélectives qui seront à la base des futurs traitements des rhumatismes inflammatoires chroniques.