TITRE : POLYARTHRITE RHUMATOIDE : LE MINISTERE S'ENGAGE A FINANCER LE TRAITEMENT DE 10.000 PATIENTS PAR ANTI-TNF ALPHA EN 2003

PARIS, 26 novembre (APM-Reuters) - Le ministère de la Santé s'est engagé à débloquer des fonds qui permettront de traiter 10.000 patients par anti-TNF alpha en 2003, a-t-on après mardi auprès de l'Association française des polyarthritiques (AFP).

 Le ministère a adressé lundi soir par fax une lettre à l'association, à la veille d'une conférence de presse conjointe de l'AFP, de l'Association nationale de défense contre l'arthrite rhumatoïde (ANDAR) et du Conseil national de rhumatologie (CNR) visant à demander des comptes au ministère sur l'utilisation de l'argent promis pour la polyarthrite rhumatoïde.

 Les trois organismes avaient été reçus le 6 novembre par le conseiller technique en charge de l'hôpital auprès du ministre de la Santé.

 Pour 2002, 44 millions d'Euros avaient été débloqués par le ministère de la Santé, pour permettre de traiter par anti-TNF alpha, en particulier Remicade* (infliximab, Schering-Plough), les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et résistants aux traitements classiques.

 Outre une répartition de cet argent par les Agences régionales de l'hospitalisation (ARH) qualifée d'arbitraire, l'AFP devait dénoncer lors de la conférence de presse l'absence de réponse du ministère concernant le budget pour 2003.

"Jusqu'à hier soir, nous n'avions aucune réponse du ministère, puis ce matin nous avons trouvé une proposition, [le ministère] s'engageant à pouvoir soigner 10.000 malades", indique à l'APM Christian LABES secrétaire général de l'AFP.

 Cette proposition n'est cependant pas chiffrée en euros, et pour l'AFP, c'est encore très insuffisant. "Aujourd'hui, près de 6.000 patients sont soignés [avec les nouveaux traitements], dont environ 4.500 sous Remicade*. Mais ce sont 10 à 15% des patients qui sont résistants aux traitements classiques" et pourraient justifier de la mise sous anti-TNF alpha, ajoute-t-il.

 En conséquence, "entre 23.000 et 35.000 patients devraient être traités. On en est loin. Il n'y a pas de raison que des patients restent sans traitement".

 Les associations s'inquiètent également d'une volonté apparente du ministère de vérification de toute prescription de biothérapie, qui fait craindre "la limitation des prescriptions et des choix arbitraires".

 DES BUDGETS FLECHES INADEQUATEMENT REPARTIS

 Par ailleurs, alors qu'en 2001, le ministère de la Santé avait promis la création d'un budget spécifique pour la polyarthrite rhumatoïde, en 2002 ce sont "des budgets fléchés qui ne correspondaient pas aux besoins spécifiques hôpital par hôpital" qui ont été alloués, "ce qui engendre des disparités et empêche certains malades d'être traités", déplorent les associations.

 Elles présentent ainsi un tableau des crédits attribués et dépensés pour les anti-TNF alpha dans la polyarthrite rhumatoïde en 2002, selon les chiffres par région fournis par la Direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins (DHOS) jusqu'à fin avril 2002.

 "Contrairement aux demandes faites à la DHOS par les associations de malades et de rhumatologues, les crédits n'ont pas été versés en totalité en début d'année aux services", constatent les associations.

 Si, à fin avril 2002, les ARH du Centre et du Limousin ont distribué la totalité du montant de l'enveloppe 2002, qui s'élevait respectivement à 1,7 million d'euros et 0,5 million d'euros, et celle d'Alsace en a distribué plus de 123% à 1,6 million d'euros-à cause de glissements de budgets de 2001 et d'autorisations de dépassement du CHU en fonction des besoins-, d'autres n'ont distribué que partiellement, voire pas du tout, l'argent de l'enveloppe.

 Ainsi, en Auvergne, Bourgogne et Languedoc-Roussillon, les ARH n'ont accordé aucun crédit pour les anti-TNF alpha pour les 4 premiers mois de 2002, alors que les enveloppes déléguées pour 2002 étaient respectivement de près de 1 million, 1,2 million et 1,8 million d'Euros.

 En outre, la DHOS n'était pas en mesure de fournir les chiffres des ARH de Midi-Pyrénées, du Nord-Pas-de-Calais et de Basse-Normandie.

 De nouvelles dotations aux hôpitaux ont été faites en juin, mais cette fois "la plupart des ARH n'ont pas fait remonter leurs chiffres" au ministère, souligne Christian LABES.

 Les associations ont mené leur propre enquête pour confronter les chiffres des crédits fléchés et des crédits mis à disposition des hôpitaux, pour les 4 premiers mois 2002, et des achats de Remicade* (selon les chiffres fournis par Schering-Plough pour le premier semestre 2002).

 "On compte 7 régions dans lesquelles il y a des blocages", constate Christian LABES.

 En Auvergne, en Bourgogne et en Languedoc-Roussillon, aucun argent n'a été distribué, mais les différents hôpitaux ont dû acheter pour un total respectivement de 232.553 Euros, 196.280 Euros et 1,2 million d'Euros de Remicade* sur les 6 premiers mois.

 En Basse-Normandie, seul le CHU de Caen a été doté, de 677.330 Euros alors qu'il a acheté pour 981.421 Euros de Remicade*. Les hôpitaux de Cherbourg, du Havre et de Saint-Lô, qui n'ont rien reçu, ont acheté pour près de 400.000 euros de Remicade*.

 En PACA, seul le CHU de Nice a reçu une dotation, de 621.000 euros, pour plus de 696.000 Euros dépensés en achat de Remicade*. Le CHU de Marseille, qui a quant à lui acheté pour plus de 1,2 million d'Euros du médicament, n'avait rien obtenu de l'ARH à la fin avril, tout comme les 8 autres hôpitaux de la région, qui ont tous néanmoins eu des dépenses pour Remicade*.

 Les hôpitaux de Pays-de-Loire n'ont été dotés que de 408.000 Euros au total sur une enveloppe de plus de 2,2 millions, tandis que plus de 870.000 Euros ont été dépensés par eux pour Remicade*.

 En Ile-de-France, pour les hôpitaux hors AP-HP, les crédits fléchés se montent à plus de 2,5 millions d'Euros, mais seulement un peu plus de 400.000 Euros ont été mis à disposition. Les hôpitaux ont acheté pour près de 600.000 Euros de Remicade*.

 "La Seine-et-Marne n'a aucun anti-TNF alpha, pour 750.000 habitants. A Provins, une rhumatologue a eu 6 patients justifiant un anti-TNF alpha. Trois d'entre eux ont pu se déplacer à Paris, mais les 3 autres ne pouvaient pas, car ils étaient trop âgés, trop invalides", illustre Christian LABES.

 En Alsace, le CHU de Strasbourg a eu plus que prévu -ce qui dénote une sous-estimation des besoins-, mais l'hôpital de Mulhouse est bloqué, alors qu'il a dû acheter pour 60.449 Euros de Remicade* entre janvier et juin 2002, souligne-t-il.

 "A Toulouse, ils ont trop d'argent et il ne sera pas dépensé, alors que Tarbes, dans la même région, n'a rien eu" et en aurait besoin, ajoute-t-il.

 La pénurie continue, beaucoup de gens sont sur les listes d'attente".

 De plus, si certains crédits sont apparemment restés dans les ARH, d'autres sont arrivés dans les hôpitaux, mais n'ont pas forcément pu être utilisés pour les services concernés, note-t-il. Ainsi, "les budgets fléchés qui devaient engendrer des contrôles fiables n'ont pas empêché certains hôpitaux d'utiliser leurs crédits à d'autres fins", dénoncent les associations.

 "La négociation [avec le ministère] continue. Nous allons exprimer notre mécontentement. Nous demandons un vrai programme d'actions", conclut Christian Labes.